Blog de Cynthia Staebler | Plus que des mots | #féministe

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Privilèges et racisme

Mis à jour : juin 5

Edit du 5 juin 2020 :

Suite a diverses remarques, j'ajoute quelques notes en fin d'article *


Je sais. Suite à la vague de révolte après le meurtre de George Floyd, beaucoup de photos, d'articles, de vidéos sont publiées. Et certains diront "En ce moment on ne parle plus que de ça."

Mais il n'y aura jamais trop de discours. Parce que les voix qui s'élèvent aujourd'hui sont légitimes ! Tant que tout le monde ne sera pas traité de la même manière, ces voix continueront de s'élever. Et elles seront de plus en plus nombreuses.



Aujourd'hui, je prends la parole, parce que, non, je ne pense pas que tous les blanc·he·s sont racistes. C'est faux. Mais tant qu'ils/elles ne se rendront pas compte qu'en France aussi, il existe des double standards, rien ne pourra bouger. Tant que devant les injustices, on restera immobile, rien ne pourra bouger.

Aujourd'hui, je ne vais pas parler de violence policière, mais de ce qui en est à l'origine.


Les privilèges


En tapant "Définition privilège" dans la barre de recherche Google, voilà ce sur quoi on tombe :

Privilège

nom masculin

  • Droit, avantage particulier accordé à un individu ou à une collectivité, en dehors de la loi commune. Les privilèges de la noblesse et du clergé sous l'Ancien Régime.


Ce qui pose problème c'est qu'en France on pense que les privilèges allaient avec la noblesse et le clergé et qu'ils ont été abolis après la Révolution et La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Sauf qu'on a tendance à oublier qu'à l'époque, ils avaient été écrits par des hommes blancs, pour des hommes blancs.

Un exemple flagrant ? Le suffrage universel de 1792 qui ne prend en compte ni les femmes et encore moins les populations originaires d'Afrique. Évidemment, ça a changé depuis, mais certains restes perdurent.


Que ce soit en Europe, aux Etats-Unis, dans les pays anciennement colonisés, les privilèges blancs existent toujours.


Laissez-moi vous raconter une histoire.


Avec mon conjoint, qui est blanc, nous étions partis en Sicile pour les vacances.

Pendant tout le séjour, j'ai senti des regards sur moi. Sur la plage, au restaurant...

Et vous savez le pire ? C'est que je me disais :

"S'il n'était pas là, est-ce que je me ferais servir dans ce restaurant ?"

Elle est là, la vérité : en tant que métisse, j'ai besoin d'un garant pour être légitime. Normal ? Non.


Quand on décide de partir dans un autre pays et qu'on s'apprête à prendre nos billets d'avion, la première question que je me pose, c'est "Comment je vais être accueillie dans ce pays ?" Normal ? Non.


Si vous êtes blanc·he, est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Je ne pense pas. Et c'est ça, le privilège blanc.



Le racisme

Racisme nom masculin

  • Idéologie postulant une hiérarchie des races.

J'entends aussi les boucliers se lever : "Mais le racisme anti-blanc existe aussi !"

Oui, une personne blanche peut être discriminée pour son genre, son orientation sexuelle, son handicap, sa classe sociale... Peut-être même qu'on a pu la traiter de "blanche".

Mais ce n'est pas du racisme :

  • Est-ce que vous avez du mal à trouver un travail parce que vous êtes blanc ?

  • Est-ce que vous avez du mal à trouver un appartement parce que vous êtes blanc ?

  • Est-ce que vous avez déjà ressenti qu'en France, un blanc valait moins qu'un noir, un asiatique, ou un arabe ?

Non. Pourtant, c'est ça le racisme. (Imaginez quand vous cumulez racisme et autres discriminations : on appelle ça l'intersectionnalité.)



Encore d'autres histoires


Je suis métisse, mais j'ai grandi en Alsace dans un environnement exclusivement blanc : que ce soit ma famille ou mes amis d'école.

J'ai donc très vite remarqué les différences de traitement :

  • En primaire, tout le monde connait les épidémies de poux. La différence, c'est qu'il n'y a qu'à moi qu'on a fouillé sur la tête pour voir si j'avais des poux. Parce que j'avais les cheveux afro et assez longs, je suis "naturellement" devenue le patient zéro de l'épidémie de poux.

  • Jeune adulte, je rentre dans un bar avec mes ami·e·s et j'entends un homme chuchoter à son voisin : "Regarde-moi celle-là" en me montrant du doigt.

  • Je ne compte même plus le nombre de fois où on m'a demandé : "Tu viens d'où ? - D'Alsace - Non, mais vraiment." (Je vais peut-être vous apprendre un truc 😁, mais les blanc·he·s aussi ont des origines, sauf qu'on ne leur demande jamais d'où ils·elles viennent vraiment.)

Je n'ai rien dit. Parce que j'avais honte. Parce que je ne voulais pas "casser l'ambiance". Parce que je ne voulais pas "faire d'histoire". Parce que je ne voulais pas être "la relou". Parce qu'on m'a dit "Laisse tomber, ça n'en vaut pas la peine."


Sauf qu'en ne disant rien, le résultat est le même que si on approuvait ces comportements ! Ils restent impunis, deviennent normaux et on admet tranquillement que noir vaut moins que blanc.


"Si vous êtes neutre dans les situations d'injustice, vous avez choisi le camp de l'agresseur." Desmond Tutu

  • Repas avec la famille de mon conjoint. L'arrière cousine parle de ses cheveux qui sont devenus blancs. À son mari de répondre : "Ça va, tu pourrais être noire ! Hohoho !" Et pour une fois, je réponds très haut : "Ah bon ? Merci pour moi." Je vous passe rapidement le sujet du colorisme avec le : "Non, mais toi, t'es pas vraiment noire". Mais j'étais fière de moi. Tout le monde a été mal à l'aise et tant mieux ! En réalité, je n'ai pas à subir ce genre de remarques pour que d'autres se sentent à l'aise ! Personne n'a à le faire. Le moment était venu pour moi de dire STOP.



Comprendre qu'on ne comprendra peut-être jamais, mais se tenir ensemble côté à côte.

Apprendre à écouter plutôt qu'à ignorer.

Apprendre à parler plutôt qu'à se taire.

Apprendre la tolérance plutôt que le rejet...


...Et on aura une bonne base pour avancer vers un monde meilleur.


✊🏻✊🏼✊🏽✊🏿

❤️🧡💛💚💙💜🖤🤎🤍


*Quelques remarques qui sont revenues souvent. Je complète mes propos.


"J'ai l'impression que tu dis que les blanc·he·s sont racistes."

"J'en suis à culpabiliser d'être blanc·he."


Ce que je dis en réalité c'est qu'on peut ne pas être raciste ET avoir des actions ou des propos racistes. On vit dans une société qui a été construite avec du racisme et on a intégré des réflexes qu'on ne remarque même pas. Moi aussi, je rends compte que j'ai des propos racistes, parfois. La question est : Maintenant que je m'en rends compte, comment je fais pour m'améliorer ?


Car en réalité, ce que je vis dans la plupart des cas, ce sont actes ont des paroles qu'on pense innocentes mais qui blessent parce qu'elle me ramène toujours à ma couleur.

Le fait est que lorsqu'une personne fait une erreur et qu'on lui fait remarquer, la plupart du temps, on se dit "Tu es / je suis humain, ça arrive."


Sauf quand on parle de racisme.


Si je dis à quelqu'un que ses propos ou ses actes peuvent être racistes, la plupart du temps, la personne va le prendre très personnellement, parce qu'elle se sent attaquée sur le fait d'être une bonne ou une mauvaise personne.

Ce n'est pas une histoire d'être une bonne ou une mauvaise personne. La plupart des gens sont foncièrement bons. C'est l'histoire de se dire "Ok, là j'ai dit/fait un truc raciste. J'ai fait une erreur. Maintenant que je m'en rends compte, qu'est-ce que je fais ?"


Et oui, c'est difficile de se retrouver face à nos contradictions. C'est difficile de se rendre compte que certaines personnes vivent des situations horribles tous les jours et qu'on peut faire partie du problème par nos automatismes.


Mais vous savez quoi ? Je ne suis pas là pour faire le procès des blanc·he·s. Je suis là pour rappeler que tout peut s'apprendre.

Enlever le racisme comme on arrache une dent, c'est impossible. Mais on peut tous devenir de meilleures personnes. Avec ses défauts, avec ses erreurs et apprendre à les voir pour faire mieux. Petit à petit, quoi.


Et ça marche pour toutes les discriminations.


"Mais dans certains pays, il y a aussi du racisme anti-blanc"


En fait, quand je dis que les blancs ne subissent pas le racisme, c'est par rapport à la définition du racisme qui parle d'une classification des races.


Racisme nom masculin

  • Idéologie postulant une hiérarchie des races.


En gros, dire qu'une race vaut mieux qu'une autre.


Dans certains pays, être blanc peut vous mettre face à une discrimination qui peut être violente, mais pas rapport à une supposée infériorité. Mais par rapport à un a priori qui voudrait que tous les blancs se pensent supérieurs. Et je vous rejoins, ça vaut clairement pas mieux !


Mais rendez vous bien compte, dans certains pays (et là je cite une amie avec qui j'ai discuté de la question ❤️) "si les blancs ne trouvent plus de travail, c’est parce qu’à un moment donné le racisme envers les noirs était tellement fort que maintenant n'y a que des blancs dans les boites. Et ils équilibrent, non pas parce que les blancs sont considérés comme inférieurs, mais parce qu'il faut que les noirs retrouvent leur place dans la société."

Je terminerai par dire que le combat ce n'est pas blanc contre noir, comme on peut nous le faire croire dans les médias. C'est un combat pour retrouver sa place dans le monde.

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