Blog de Cynthia Staebler | Plus que des mots | #féministe

  • Cynthia

Petit guide de l'écriture inclusive

Mis à jour : juin 29


On peut dire ce qu'on veut, je trouve que l'écriture inclusive permet de rendre visibles celles et ceux que la société a rendu·es invisibles. Et je dis bien "rendu·es invisibles".




Un peu d'histoire


Depuis qu'on est petit·es, on nous bourre le mou avec le fameux :

"Le masculin l'emporte sur le féminin."

Une simple règle de grammaire ?! Que nenni !


L'histoire commence au XVII ème siècle...

À cette époque, plusieurs règles courent : l'accord proximité et l'accord majoritaire. (J'en parlerai plus tard.)

Cependant, le pouvoir monarchique est en place et, la monarchie devant être absolue, sa puissance doit s’étendre jusque sur la langue. L’Académie française a donc pour mission de rendre le français "plus pur". C'est-à-dire, proposer un standard commun pour tous·tes.

Là-dessus arrive un certain Vaugelas, qui écrit :

« Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux féminins, même quand ils sont plus proches du régime. » Remarques sur la langue française, 1647

Mais, il semble trouver une exception lorsque l'adjectif est épithète, c'est-à-dire collé avant ou après le nom. À propos de la phrase « Ce peuple a le cœur et la bouche ouverte à vos louanges », il dit :


« Il faudrait dire, ouverts, [...] mais l’oreille a de la peine à s’y accommoder [...]. Je voudrais donc dire, ouverte, qui est beaucoup plus doux, tant à cause que cet adjectif se trouve joint au même genre avec le substantif qui le touche, que parce qu’ordinairement on parle ainsi, qui est la raison décisive, et que par conséquent l’oreille y est toute accoutumée. »

Plus radical, le grammairien Scipion Dupleix écrit :


« Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif. » Liberté de la langue française dans sa pureté, 1651

Des propos complétés en 1767 par le grammairien Nicolas Beauzée :

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Donc OUI, c'est purement idéologique.


Malgré tout, cette règle a du mal à s'imposer jusqu'en 1882, quand l’école primaire devient obligatoire pour les filles et les garçons. (Petite digression : le collège, lycée et études supérieures sont toujours interdits aux filles.) C'est à ce moment que les messieurs du gouvernement tranchent définitivement en faveur du masculin. C'est ainsi que disparaissent aussi du dictionnaire, des mots comme médecine ou médecineuse ou encore autrice. Évidemment, les métiers les moins valorisés (parce que bon, on s'en fout des gueux) peuvent garder leurs pendants féminins : pâtissier/pâtissière.



Tout comme la culture d'un pays influe sur son langage, le langage influence notre manière de percevoir le monde. À force de se répéter sans cesse que le masculin l'emporte sur le féminin, tout ça pour accorder un mot, on finit par être conditionné·e.

Donc, revenons-en au sujet de cet article : l'écriture inclusive.




Écriture inclusive : niveau débutant


Féminisation des fonctions, titres et noms de métiers

  • Sauf indication contraire de l’intéressée, on dira : une chercheuse, une professeure, une maire et Mme la Présidente

  • Pour certains mots considérés comme épicènes, il suffit d'ajouter l'article féminin : une chef (ou cheffe), une médecin


Remplacement des termes « universels » masculins

  • Remplacez « homme » par « humain » : les Droits de l'Homme deviennent les Droits Humains. Et c'est vachement mieux ! Parce qu'il ne faut pas oublier qu'à la base, les Droits de l'Homme et le suffrage universel, ce n'était pas pour les faibles femmes et encore moins pour les étrangers. (Outch ! Ça pique de lire ça, non ?)

  • Utiliser des termes neutres : les membres, les personnes... ou Dédoubler les expressions : les collaborateurs et les collaboratrices...


Écriture inclusive : niveau intermédiaire


Le fameux point


4 options :

  • le point : Certain.e.s ou certain.es,

  • le point médian : Certain·e·s ou certain·es

  • la barre oblique (souvent utilisée dans les cas où il ne faut pas juste ajouter un -e : auteur/trice

  • la majuscule, l'option la plus militante et notamment utilisée dans la grammaire queer : CertainEs


Petit truc pour insérer le point médian :

  • Sur Mac OS X : Alt + ⇧ maj + F

  • Sur Windows : Alt+0183  ou Alt + 00B7


Accorder les pronoms et déterminants

Pour les pronoms et déterminants simples, on écrira donc :

  • tout·e,

  • un·e,

  • le⋅la, le⋅a ou même

Attention, niveau plus avancé :

  • celleux,

  • elleux,

  • iel ou illes / ielles / iels


Encore une fois, vous pouvez dédoubler l'expression : le lecteur ou la lectrice



Écriture inclusive : niveau avancé


Les accords majoritaire et de proximité


Exit la règle du "masculin l'emporte sur le féminin"

Ici, vous avez le choix selon ce que vous voulez mettre en avant ou même ce qui vous semble plus beau à l'oreille. (C'est beau la langue vivante.)


L’accord majoritaire consiste à accorder en fonction du genre le plus représenté dans les termes relatifs

  • Une femme et mille hommes sont beaux

  • Mille femmes et un homme sont belles


L'accord de proximité consiste à accorder avec le mot le plus proche - souvent le dernier mot d’une série.

  • femmes et hommes sont heureux,

  • hommes et femmes sont heureuses

  • Surtout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. (Racine)



Répondre aux détracteurs·trices


Depuis 2012, la règle "le masculin l'emporte sur le féminin" est remise en question par le corps enseignant et en 2017, une tribune de Slate est signée pas plus de 300 enseignants.

Fun fact : l'Académie française s'oppose toujours à la modification de la langue.


Du coup, que répondre à celleux qui s'opposent au changement ?

Je reprends ici les arguments décrits dans le manuel d'écriture inclusive (qui est bien plus complet que cet article d'ailleurs)



L’argument d’utilité : « C’est une question accessoire »

La langue reflète la société et sa façon de penser le monde. C’est bien parce que le langage est politique que la langue française a été infléchie délibérément vers le masculin durant plusieurs siècles par les groupes qui s’opposaient à l’égalité des sexes. Ainsi, une langue qui rend les femmes invisibles est la marque d’une société où elles joueraient un rôle secondaire.


L’argument du masculin générique : « Le masculin est aussi le marqueur du neutre. Il représente les femmes et les hommes »

En français, le neutre n’existe pas : un mot est soit masculin, soit féminin. D’ailleurs, l’usage du masculin n’est pas perçu de manière neutre en dépit du fait que ce soit son intention apparente, car il active moins de représentations de femmes auprès des personnes interpellées qu’un générique épicène. C’est un usage tellement courant que nous l’avons largement intériorisé. Cette problématique pourrait être mise en parallèle avec l’histoire du suffrage universel : le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel en France jusqu’en 1944.


L’argument de la lisibilité : « Cela encombre le texte »

Non, les femmes « n’encombrent » pas un texte. Par ailleurs, plusieurs mois d’usage nous ont montré que l’œil s’y habituait très vite et qu’un certain nombre d’automatismes survenaient très facilement à l’écrit.


L’argument du prestige : « Certaines femmes elles-mêmes nomment leur métier au masculin »

Ces femmes ont parfaitement compris les messages envoyés par celles et ceux qui ont fait disparaître les termes féminins et celles et ceux qui aujourd’hui les déclarent impropres ou inconnus, leur signifiant qu’elles n’auraient rien à faire sur leur terrain et qu’elles seraient, en un sens, admises de manière exceptionnelle. Et nous ne pouvons d’ailleurs pas blâmer ces femmes, qui obtiennent des positions sociales majoritairement occupées par des hommes, de chercher à se fondre dans des usages qui préexistent. Mais cela est dommage, car l’usage du féminin pour leur nom de métier par exemple ne diminue en rien leurs compétences. De plus, ces femmes sont des pionnières et peuvent ainsi jouer un rôle important pour les générations à venir.


L’argument esthétique : « “Écrivaine”, “pompière”, ce n’est pas beau ! »

Là encore, le fait de systématiser l’usage du féminin est d’abord une question d’habitude. Les noms de métiers au féminin « dérangent », car ils traduisent le fait que des terrains initialement conçus comme propres aux hommes sont progressivement investis par des femmes.


Maintenant que vous êtes armé·es, à vos stylos !

Des zoubis 😘



Sources :

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