Blog de Cynthia Staebler | Plus que des mots | #féministe

  • Cynthia

Pas touche à mes cheveux !



Je déteste quand on me touche les cheveux sans me demander mon avis au préalable et plus encore quand ce sont des personnes que je connais à peine qui le font.


Beaucoup de gens de mon entourage le savent. Peu se demandent vraiment pourquoi.



Un comportement récurant


Dans une société où la norme capillaire est le cheveu raide occidental, les cheveux crépus et frisés se remarquent forcément : ils défient les lois de la gravité. Et il y a tellement de coiffures possibles et différentes (afro, tresses, locks...) que oui, c'est très tentant de vouloir toucher.


Seulement voilà, mettre sa main dans les cheveux de quelqu'un sans son autorisation et dire : "C'est tes vrais cheveux ?" ou "C'est marrant !", c'est humiliant, dévalorisant.

  • Parce que ses cheveux ne sont pas "marrants" simplement parce qu'ils ne sont pas lisses comme les vôtres. Ce ne sont pas des jouets et ils ne sont pas là pour divertir non plus. Et personnellement, je le prendrais très mal si mes cheveux faisaient des blagues à d'autres, mais pas à moi. (OK, je sors...🙄)

  • Parce que la personne qui se trouve en face de vous est un humain, pas un animal que vous pouvez papouiller à votre guise, ou que vous pouvez toucher pour voir si son poil est soyeux.

  • Parce que ne pas demander l'autorisation, c'est simplement un manque de respect.


Une identité dévalorisée


Étant plus jeune, on m'a fait croire que mes cheveux n'étaient pas beaux et que je serais plus jolie si mes cheveux étaient lisses. On me disait :

"Tu devrais essayer le défrisage."

"Tu ne veux pas les lisser ?"

Sans oublier tous les compara-tifs (encore un jeu de mot qu'on va laisser tomber 😬) peu glorieux : mouton, caniche, Tahiti Bob...

Ces injonctions, je les ai écoutées, surtout à l'adolescence et bien après. (Bah oui, si tu veux trouver un copain, il faut que tu sois jolie. Déconne pas.)

J'ai donc lissé mes cheveux pendant longtemps, quitte à les bousiller.

Je n'ai commencé à les porter au naturel en permanence qu'en 2013, quand j'ai découvert le mouvement Nappy.


Nappy : Natural and happy


Le mouvement Nappy se nourrit de revendications politiques. Il tire ses origines aux États-Unis dans les années 2000 avec le natural hair movement, lorsque les femmes noires et métisses en ont eu assez qu'on voit leurs cheveux comme un problème à résoudre.

Il entre dans le sillage du Black Power et du Black Panthers Party dont les coupes afro étaient un symbole politique : le droit de vivre libre, d'avoir une place dans une société où les personnes racisées ont été mises de côté. Cette coupe afro, c'est un pied de nez à un idéal de beauté raciste.


Aujourd'hui, la médiatisation du mouvement Nappy le place dans un aspect plus centré sur le bien-être et l'acceptation soi.

C'est apprendre à prendre soin de ces cheveux qu'on maltraité, dévitalisé et détesté. C'est commencer à accepter qui on est.

Une fois qu'on comprend de quels soins nos cheveux ont besoin, plutôt que de les forcer à rentrer dans un moule qui ne leur correspond pas, alors c'est comme s'ils fleurissaient. Oui, ça prend du temps (moi-même, je n'ai pas encore tout compris), mais ça vaut le coup. (C'est un peu comme avec une personne, non ? 😉)

Une des icônes du mouvement n'est autre que Solange Knowles (soeur de Beyoncé) avec son titre culte "Don't touch my hair" :

Ne touchez pas mes cheveux

Alors que ce sont les ressentis que je porte

Ne touchez pas mon âme

Quand c’est le rythme que je connais

Ne touchez pas à ma couronne


Une couronne. C'est aussi de cette façon que j'ai décidé de voir mes cheveux.



La persistance des idées reçues


Malgré tout, les idées reçues persistent, les exemples de discrimination récents ne manquent pas.


"Domptez votre crinière", "Re-civilisez-vous" qu'on nous clame dans les publicités : les cheveux afro fascinent parfois, mais la plupart du temps, ils dérangent.

Ils sont encore souvent perçus :

  • comme non-professionnels, (c'est bien connu, une personne aux cheveux lisses est beaucoup plus efficace 🙃)

  • comme un manque de respect,

  • comme sauvages. Bah oui, vous savez bien, la fameuse "nature sauvage" des noir·e·s.


2011 aux États-Unis, Nivea lance une publicité pour ses cosmétiques masculins, où l'on voit un homme jeter son ancien lui "sauvage". Et évidemment, quand on parle de sauvage on voit une coupe afro.

Pub "Recivilisez-vous" de Nivea USA - 2011
  • Juillet 2019 - Un lycée de Guadeloupe avait interdit toutes les coiffures afro. (Même les cheveux rasés comme on peut le voir. Du coup... ça se passe comment ? 🤔)


Qu'on nous lâche l'afro !

Comme la couleur de peau, nous sommes nés avec ces cheveux.

Nos cheveux font partie de notre identité. Personne n'a envie d'avoir honte de qui il est. Personne n'a envie de se sentir inférieur et humilié.


Du coup, j'ai envie de dire quelque chose de très niais, mais vrai 😊 : apprenons à célébrer les différences et à y voir la beauté.



Et la prochaine fois que vous tendrez la main vers ces magnifiques cheveux, demandez au moins l'autorisation avant de faire quoi que ce soit.

Ces cheveux sont comme ils sont, ils n'ont rien de spécial, si ce n'est la réaffirmation d'une identité qu'on a voulu effacer.


Vous souhaitez me contacter ?

  • LinkedIn Cynthia
  • Twitter Cynthia
  • Insta Cynthia
Me contacter