Blog de Cynthia Staebler | Plus que des mots | #féministe

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Où est passé l'amour ? - ou comment le patriarcat détruit nos relations

Mis à jour : sept. 21

Ça faisait un moment que je n'avais pas écrit et je reviens avec un sujet qui va te sembler niais : l'amour !

Voilà une question que je me suis posée récemment et qui m'a turlupinée.

Comment aimer une femme alors qu'on a été éduqué·e à la mépriser ?


J'entends déjà les boucliers se lever :

« N'importe quoi ! »

« Complètement débile cette question... »

« Tous les hommes ne détestent pas les femmes ! »

« Encore le méchant patriarcat ! »


Que tout le monde se calme... Avant de râler, lis !





Les marques du mépris


On entend tous·tes, quasiment tous les jours :

« Tu cours comme une fille. »

« Tu lances comme une fille. »

« Tu te bats comme une fille. »

« Pleurer, c'est pour les fillettes. »

« Fais pas ta fillette. »


Et après les mots, les gestes. Tu as aussi déjà vu un garçon/un homme imiter les actions "façon fille" :

  • Courir devient une gesticulation désordonnée.

  • Lancer se résume à lâcher un objet juste devant ses pieds.

  • Se battre consiste à agiter les mains devant soi en fermant les yeux.


Quel est l'impact ? Je me demande.


Est-ce pour ça, que les femmes prennent moins la parole, sont moins représentées dans les médias ? Qu'elles se comparent entre elles ? Que les hommes nient leurs émotions ? Que petits, les garçons se permettent de soulever les jupes des filles ? et que, plus grands, ils les sifflent dans la rue ? Que la majorité des personnes battues au sein d'un couple sont des femmes ?


La source du mépris


Tu ne seras pas surpris·e si je te dis que l'éducation et l'environnement y sont pour beaucoup. Notre société nous enseigne l'amour et les relations de façon totalement différentes en fonction de notre genre.


Je te donne des exemples que tu vas reconnaître rapidement :

  • L'une attend endormie pendant 100 ans qu'un prince vienne la sauver.

  • L'autre donne son don le plus précieux, sa voix, pour pouvoir séduire un homme.

  • Une autre encore, maltraitée par sa belle-mère et ses belle-soeurs, attend que le prince la retrouve pour la sauver.

  • Enfin, la dernière se retrouve séquestrée par une bête dont elle finit par tomber amoureuse.

Oui, il s'agit de nos princesses Disney : Aurore, Ariel, Cendrillon et Belle.

Même si j'adore les Disney, je remarque quand même que ses princesses passent leur temps à sacrifier quelque chose ou à attendre sans rien faire pour trouver l'amour, se marier et enfin être heureuse.


Où est-ce que je vais avec tout ça ?

Ce que je veux dire, c'est qu'au-delà de ce qu'on nous montre étant enfant, ce qu'on nous enseigne va aussi dans ce sens.


Chez les filles, dès le plus jeune âge, on nous offre des poupées, des cuisinières ou des dînettes : on nous prépare à nous concentrer sur les autres.

Plus grandes, on nous apprend à nous cacher, à prendre le moins de place possible, à s'assoir correctement, à ne pas parler trop fort. On nous guide vers des métiers tournés vers les autres (et souvent moins valorisés). On apprend à s'oublier. Parce que c'est ça, être une vraie femme.

On nous dit que, dans la vie, la priorité c'est l'amour. Et qu'il faut tout faire pour le trouver, le grand Amour. Enfin, c'est qu'on nous apprend.

Et finalement, parce que c'est en contradiction avec nos envies, nos besoins et ce qu'on est, on finit par se détester assez tôt : je suis trop grosse, trop maigre, trop ambitieuse, trop exubérante, trop timide, trop égoïste...

En soi, on nous apprend qu'on est imparfaites et que trouver un homme nous rendra complètes. (Enfin, c'est surtout lui qui doit nous trouver. Nous, on attend tranquillement.)


Chez les garçons, on leur apprend plutôt à se concentrer sur les objectifs qu'ils doivent atteindre pour être des hommes : de l'argent, un statut social, une femme qui s'occupe des enfants, d'autres femmes pour le plaisir, même. On leur apprend à se battre pour obtenir tout ça, que c'est normal de se battre quand on est un homme, et même, qu'on va les aimer pour ça. Et qu'ils n'ont besoin de personne.

On leur explique que s'ils sont romantiques et dépensent de l'argent, alors ils peuvent avoir toutes les femmes qu'ils souhaitent.

On leur dit : Qu'importe ce que tu fais ou ce que tu veux, tu dois te faire une place. Et pour ça, il faut te battre et être fort. Pas de place pour les sentiments, c'est pour les femmes, les faibles.

En soi, on leur apprend qu'ils sont supérieurs aux femmes et qu'ils n'ont pas vraiment besoin de nous.


Et au final :

D'un côté, nous avons le sacrifice de soi, et on y gagne du mépris.

De l'autre, il y a le sacrifice des autres pour gagner respect et pouvoir.



En pensant à tout ça, je me suis dit qu'il y a avait forcément quelqu'un qui avait eu la même réflexion. Donc j'ai cherché et je suis rapidement tombée sur un podcast génial : Les couilles sur la table, de Victoire Tuaillon.


Dans cet épisode, elle interviewe la psychologue et autrice, Carol Gilligan.


L'épisode en question est en anglais, mais il y a un transcript de l'entretien. Et pour tout vous dire, cet épisode m'a bouleversée. Je vous conseille fortement de l'écouter (ou de le lire).



On pourrait résumer le podcast par cet extrait :

We're all, as humans, we're born with a voice and with the desire and ability to engage responsively with other people... With boys the voice goes into violence and with girls the voice goes into silence. Men's violence (or threat of violence) and women's silence, maintain a patriarchal order. - Carol Gilligan, psychologue et autrice -

Traduction : "Nous sommes tous, en tant qu'humains, nés avec une voix et avec le désir et la capacité de s'engager de manière réactive avec les autres ... Avec les garçons, la voix devient violence et avec les filles, la voix devient silence. La violence des hommes (ou menace de violence) et le silence des femmes, maintiennent un ordre patriarcal." - Carol Gilligan, psychologue et autrice -


Ce podcast explique aussi comment notre éducation et notre environnement nous font sacrifier les relations sincères (amour ou amitié) pour entrer dans les cases de genre de notre société : être une vraie femme, un vrai homme.


C'est triste, non ?


Et l'amour romantique dans tout ça ?


Qu'est-ce que j'appelle l'amour romantique ?


Déjà, je fais bien la différence entre amour et romantisme, même si on nous a appris qu'ils allaient de paire.

Pour moi, l'amour est une émotion qu'on ressent alors que le romantisme ce sont des actions que l'ont fait pour prouver notre amour dans notre société.


L'amour romantique nous apprend que l'amour ne doit être dirigé que vers une seule personne, qu'il est fusionnel, passionnel, parfois violent et qu'il doit éclipser tout le reste.


Quelles sont les conséquences ?


Comme écrit plus haut, on donne plus de privilèges et de pouvoir aux hommes (sur certains hommes et sur les femmes), mais on leur dit aussi :

« Tu peux avoir tout ce que tu veux : argent, montre, voiture, sexe. Mais oublie les relations sincères, mets de côté tes émotions, tu n'as besoin de personne. Tu es un homme, un vrai. »

Et alors même qu'on apprend aux filles à chercher l'amour pour être heureuse, cette société leur dit : « Si tu dis ce que tu penses, agis comme tu le veux, personne ne voudra de toi. Alors tais-toi, sois gentille. »


La conclusion est la suivante : les relations hétérosexuelles se retrouvent déséquilibrées en terme de pouvoir et fausses en terme de sincérité.

Les femmes auront tendance à trouver miraculeux de recevoir une touche d'amour de la part d’un homme. Alors qu’un homme aura tendance à trouver normal qu'une femme lui soit totalement dévouée.


De manière générale, toutes les relations peuvent être faussées, car nous voulons toujours paraître sous notre meilleur jour, tendre vers un idéal et correspondre à ce qu'on attend de nous dans cette société.


Cet amour romantique est une image inventée de toute pièce par le système, qui place les hommes en position de domination. C'est un idéal qu'on cherche à atteindre, mais qui ne convient à personne parce qu'il est complètement intenable.


Tout ça mène souvent à des réflexions du style : « Il/elle a changé », « Je ne me retrouve plus dans cette relation », « Je me sens pris·e au piège. »


( Et bim ! Voilà qu'à tes yeux, je me transforme en trentenaire aigrie qui ne croit plus en l'amour. 😂)


Alors l'amour, le vrai, existe-t-il dans notre société ?


Je crois en l'amour. Simplement plus sous cette forme.

Et d'ailleurs, je pense que certain·es d'entre vous non plus.


Penses-tu vraiment que tu peux tout attendre d'une seule personne ? Sécurité financière, amitié, plaisir sexuel…

Non seulement je trouve que c'est avoir avoir peu confiance en toi-même mais en plus, tu risques d'être déçu·e... Et puis, ça fout une pression extrême sur la personne en face de toi ! Il faudrait devenir schizophrène pour tenir une demande pareille.


Alors sans doute que l'amour n'est pas ce que l'on croit. Peut-être que ça veut dire qu'il faut résister à nos croyances, prendre des risques : le risque d'être vulnérable, le risque d'avoir peur de perdre quelqu'un, le risque d'être moqué, le risque d'être délaissé. Je crois qu'il n'y a que comme ça qu'on peut déconstruire les schémas qu'on nous a inculqués et construire des relations vraiment solides. Pas toi ?






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