Blog de Cynthia Staebler | Plus que des mots | #féministe

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Le mépris du rose

Mis à jour : mai 22

Le rose, incubateur de controverses et outil marketing par excellence


L'attrait du rose : une tendance acquise, pas innée

Au détour d'une balade avec des amis, nous sommes passés par un parc où beaucoup d'enfants jouaient et une scène a retenu mon attention.


Une petite fille et un petit garçon d'environ 5 ans discutent. Il lui demande si elle veut bien lui prêter son vélo. La petite fille accepte. Le jeune garçon grimpe sur le vélo et démarre à toute vitesse, un grand sourire dessiné sur le visage.


Une scène banale, pensez-vous. Mais ce que je n'ai pas dit, c'est que le vélo était rose. Et clairement, ça ne dérangeait aucun des 2 enfants qu'un garçon utilise un vélo rose. L'important n'était pas sa couleur, mais bien son utilisation. Sa couleur ne faisait aucune différence pour le petit garçon ou la petite fille.


Donc, si la couleur des objets passe au-dessus des préoccupations des jeunes enfants, pourquoi est-elle si importante aux yeux des adultes ?


S'il y a sans doute des différences filles-garçons, la préférence des filles pour le rose n'est pas quelque chose d'innée. C'est le résultat d'un matraquage marketing pour doubler les ventes d'un produit.


Exemple du vélo :

Il y a 30 ans, le petit vélo avec ses petites roues était rouge, soit une couleur neutre. Ainsi, tous les enfants d'une famille utilisaient ce vélo. Puis, ce même vélo est devenu, soit bleu, soit rose, ce qui incite les parents d'enfants de sexes différents à acheter 2 fois le même produit. Malin et pervers, non ? :)


La symbolique du rose : virilité ou faiblesse ?

Aujourd'hui, impossible de passer dans un rayon de jouets sans être submergé par une vague de rose et de bleu.

Pourtant, au Moyen-Âge, le bleu était associé à la vierge Marie, il a virginité et à la sensibilité. Des caractéristiques qui convenaient aux filles. La signification du rose était la force et la virilité, car c'était un dérivé du rouge. Une couleur que l'on trouvait donc adaptée aux garçons. C'est aussi pour cela que les chevaliers médiévaux portaient des bas chausse roses.


Si l'on observe la symbolique du rose aujourd'hui, on tombera sur des termes tels que : tendresse, délicatesse, séduction, mais aussi niaiserie ou faiblesse.

On remarque aussi que beaucoup de femmes ne veulent, ou n'osent plus, porter de rose. Car dans un monde où elles sont toujours vues comme le sexe faible, elles doivent se montrer fortes pour avancer. Et porter du rose connoterait un côté trop "girly", trop nunuche. Ou alors, ce serait simplement pour montrer qu'elles ne sont pas dupes du marketing de genre ? Dans tous les cas, le rose inspire une sorte de mépris à son égard, non pas à cause de la couleur en elle-même, mais plutôt par le fait que tout ce qui touche la femme est automatiquement associé à la faiblesse. Comme les paillettes ou le fait de pleurer.



Le choix du rose : et si on laissait faire ?

Pourtant, on voit que ça bouge ! C'est pour montrer l'exemple que je souhaite vous partager un billet qui m'a beaucoup plu. Cette anecdote, racontée par un papa qui a sans doute grandit avec les stéréotypes, passe outre le mépris du rose. Ce papa décide de laisser son petit garçon faire le choix qui le rend heureux. Oui, c'est beau. Et aussi très intelligent :


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Balance ton porc et la voiture rose de Barbie, par Benoit Montaggioni


Face à la déferlante de témoignages #balancetonporc, on a beaucoup lu sur les réseaux sociaux : "je vais inscrire ma fille à des cours de self-defense !"

Moi, je pense que c'est plutôt du côté des petits garçons qu'il faut travailler. C'est à eux qu'il faut apprendre qu'on ne soulève pas les jupes des filles, même pour rire. Mon fils n'a pas encore suffisamment de vocabulaire pour balancer des blagues déplacées (il ne sait pas même pas prononcer son prénom), mais ça ne veut pas dire qu'il est trop tôt pour tenter d'en faire un gars bien. Cela passe aussi par le fait de veiller à ce que papa ne soit pas associé au bricolage et maman au ménage. Pourtant, l'autre jour, quand, en montant dans un manège, Joseph a choisi de s'installer dans la voiture rose de Barbie, je l'avoue, j'ai pouffé. Mais, en observant sa petite bouille ravie me faire coucou à chaque tour, je me suis fait la réflexion suivante : c'est peut-être en commençant par laisser les petits garçons choisir les voitures roses dans les manèges que l'on parviendra à éviter que, plus tard, ils ne deviennent des gros cons.


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Pour plus de lumière sur le sujet "rose", un excellent documentaire Arte : Princesses, Pop Stars et Girl Power

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